Cet article est à visée informative et culturelle. Il retrace l’histoire de la plante de cannabis, du chanvre industriel au cannabis médical, sans faire la promotion d’un usage particulier ni se substituer à un avis médical.
Quand on évoque le cannabis aujourd’hui, l’esprit file vers les rayons de boutiques CBD, les débats sur la légalisation ou les expérimentations médicales. Pourtant, derrière ce produit que l’on dit moderne se cache l’une des plus longues histoires d’amour entre l’humain et une plante. Une histoire qui a commencé il y a 12 000 ans, quelque part en Asie, et qui n’a jamais vraiment cessé depuis.
Cet article retrace ce voyage : du chanvre néolithique aux pharmacies victoriennes, de Charlemagne à Napoléon, des laboratoires israéliens des années 1960 à la France de 2026. Une chronologie pour comprendre comment une même plante a pu être tour à tour aliment, textile, médicament, sacrement, monnaie d’échange, et drogue interdite.
Aux origines : 12 000 ans avec la même plante
Pendant longtemps, on a cru que le cannabis avait été domestiqué en Asie centrale. Une étude génétique majeure publiée en 2021 dans la revue Science Advances a tout changé : l’analyse de l’ADN de plus de 100 plantes a démontré que Cannabis sativa a été domestiqué pour la première fois dans le nord-ouest de la Chine, sur le plateau tibétain, il y a environ 12 000 ans, à l’aube du Néolithique.
Ce qui rend cette découverte fascinante, c’est ce qu’elle implique. Le cannabis n’est pas, à proprement parler, une culture vivrière essentielle. Si nos ancêtres l’ont domestiqué si tôt, c’est parce qu’ils en avaient compris l’usage multiple : fibres pour la corde et le tissu, graines comestibles, huile alimentaire, et probablement déjà ses propriétés psychoactives. Une plante à tout faire, en somme.
Les premières traces archéologiques confirment cette ancienneté : sur le site néolithique de Yuan-Shan, à Taïwan, des archéologues ont retrouvé des poteries portant des empreintes de cordes en chanvre datant de 10 000 ans. En Chine continentale, les fouilles du Yangshao ont révélé des fibres de chanvre tissées au cinquième millénaire avant notre ère.
Vers 2 700 avant Jésus Christ, selon la tradition chinoise, l’empereur mythique Shennong, le laboureur céleste et père de la médecine chinoise, aurait recensé les plantes médicinales de son territoire, dont le chanvre. Le Shennong Bencao Jing, considéré comme la plus ancienne pharmacopée chinoise, mentionne le cannabis comme une plante supérieure utile contre la goutte, le rhumatisme, le paludisme et même les troubles de la mémoire. Soyons honnêtes : Shennong est probablement un personnage légendaire, et le texte tel qu’il nous est parvenu date de la dynastie Han, entre 200 avant et 200 après notre ère. Mais cette légende illustre une chose certaine : la médecine chinoise utilise le cannabis depuis des millénaires.

Plus impressionnant encore : en 2019, une équipe sino-allemande a découvert dans le cimetière de Jirzankal, dans les montagnes du Pamir, des brûle-encens en bois datant de 500 avant notre ère contenant des résidus de cannabis à teneur élevée en THC. C’est l’une des plus anciennes preuves chimiques formelles de l’utilisation psychoactive de la plante par l’humain.
Égypte, Inde, Grèce : les civilisations qui ont écrit l’histoire médicale du cannabis
Pendant que la Chine cultive son chanvre depuis des millénaires, d’autres civilisations en font leur médecine.
En Égypte ancienne, plusieurs papyrus médicaux mentionnent le cannabis. Le célèbre papyrus Ebers, daté d’environ 1550 avant notre ère, considéré comme l’un des plus anciens traités médicaux complets au monde, recommande des préparations à base de chanvre pour traiter les inflammations. Le papyrus de Ramesseum III, daté de 1700 avant notre ère, propose même une recette pour le glaucome : broyer du céleri et du cannabis, laisser reposer dans la rosée pendant la nuit, puis rincer les yeux du patient au matin. Les Égyptiens utilisaient aussi le chanvre en suppositoires contre les hémorroïdes et en application locale pour les douleurs.
En Inde, l’Atharvaveda, quatrième livre des Vedas rédigé vers 1500 avant notre ère, désigne le cannabis comme l’une des cinq plantes sacrées qui libèrent de l’anxiété. Sous le nom de bhang, préparation à base de feuilles, de graines et de tiges, il devient un pilier de la médecine ayurvédique. Les textes médicaux ayurvédiques classiques, la Sushruta Samhita et la Charaka Samhita, décrivent son utilisation pour traiter l’épilepsie, les douleurs chroniques, les troubles digestifs, l’insomnie et les douleurs de l’accouchement. La dimension religieuse n’est jamais loin : le bhang est associé au dieu Shiva et reste consommé lors de fêtes comme Holi, encore aujourd’hui.
Les Scythes, peuple nomade des steppes eurasiennes, ont eu une relation très différente avec la plante. L’historien grec Hérodote, au cinquième siècle avant notre ère, décrit comment les Scythes lançaient des graines de cannabis sur des pierres chauffées à blanc dans des tentes fermées, puis hurlaient de joie dans la fumée. Les fouilles archéologiques de Pazyryk, en Sibérie, ont confirmé ces pratiques rituelles : les tombes contiennent des graines de chanvre carbonisées et des installations de fumigation.
Chez les Grecs et les Romains, le médecin grec Pedanius Dioscoride, vers 70 de notre ère, inclut le cannabis dans son traité De Materia Medica. Cet ouvrage restera la référence pharmacologique pendant seize siècles à travers l’Europe et le monde arabe. Dioscoride recommande le chanvre contre l’inflammation, les douleurs d’oreille et même comme contraceptif. Le médecin romain Galien, deux générations plus tard, en confirmera les usages.
Une découverte archéologique fascinante en témoigne : en 1993, une équipe israélienne a mis au jour à Beit Shemesh la tombe d’une jeune fille de quatorze ans datée du quatrième siècle de notre ère. La région pelvienne contenait le squelette d’un fœtus à terme, trop volumineux pour une délivrance naturelle. Les analyses ont révélé sur l’abdomen de la jeune fille des résidus carbonisés contenant du delta 6 tétrahydrocannabinol, un composant stable du cannabis. Les chercheurs en ont conclu que du cannabis avait été brûlé et inhalé pour tenter de faciliter l’accouchement. La pratique médicale du cannabis n’avait pas attendu la pharmacie moderne.
Le chanvre arrive en Europe : Charlemagne, l’Église et les moines
L’histoire du chanvre en France est plus ancienne qu’on ne l’imagine. Les Romains introduisent officiellement sa culture en Gaule au deuxième siècle de notre ère, mais des découvertes archéologiques dans le Sud de la France suggèrent que les Gaulois cultivaient déjà la plante avant la romanisation.
C’est au Moyen Âge que le chanvre prend une dimension stratégique. Vers l’an 800, l’empereur Charlemagne publie le Capitulaire de Villis, un acte législatif destiné à ses gouverneurs locaux, qui contient la liste d’une centaine de plantes dont la culture est conseillée à travers l’Empire. Le chanvre, qu’il appelle canava, y figure en bonne place. Pourquoi ? Parce qu’au Moyen Âge, le chanvre, c’est le pétrole de l’époque : on en fait des cordages pour les navires, des voiles, des vêtements, du papier, de l’huile d’éclairage et même de la nourriture. Les paysans pouvaient parfois payer leurs taxes en chanvre.
Dans les monastères médiévaux, les moines copistes travaillent sur du papier de chanvre, à la lumière de lampes à huile de chanvre. Jusqu’aux années 1880, on estime que 70 à 90 pour cent du papier mondial était fabriqué à partir de chanvre. La première Bible imprimée par Gutenberg au quinzième siècle, comme la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, sont écrites sur du papier de chanvre. Ce n’est pas une anecdote : c’est une révolution culturelle dont la plante est l’infrastructure invisible.
Les Arabes, ayant capturé des papetiers chinois lors de la bataille de Talas en 751, ramènent en Méditerranée la technique de fabrication du papier de chanvre. C’est en partie grâce à cela que se diffusent à travers le monde musulman les manuscrits scientifiques, philosophiques et religieux, y compris le Coran. Une seconde vague de diffusion du chanvre accompagne ainsi les expansions arabes, en Afrique du Nord, en Espagne, en Sicile et en France méridionale.
Mais l’Europe médiévale ne consomme pas le chanvre pour ses effets psychoactifs. La tradition récréative reste orientale. Et l’Église chrétienne se montre méfiante. La bulle papale Summis Desiderantis Affectibus, émise par le pape Innocent VIII en 1484, associe le chanvre à la sorcellerie et le qualifie de sacrement du sabbat de Satan. C’est aussi en terre d’Islam qu’apparaît la première interdiction documentée : en 1378, l’émir égyptien Soudoun Sheikouni interdit la culture du cannabis à Joneima et condamne ceux pris en train d’en consommer à se faire arracher les dents.
Napoléon, l’Égypte et la naissance du cannabis occidental
L’histoire prend un tournant inattendu à la fin du dix huitième siècle. En 1798, lors de la campagne d’Égypte, l’armée de Napoléon découvre une réalité culturelle qu’elle ignorait : les Égyptiens, privés d’alcool par leur religion, consomment du haschisch, la résine de cannabis. Les soldats français, eux aussi privés de leur ration habituelle de vin, en font rapidement l’expérience.
Le résultat ne plaît pas à Napoléon. Après une tentative d’assassinat attribuée à un Égyptien sous l’influence du cannabis, le futur empereur émet un décret en 1800 qui interdit dans toute l’Égypte l’usage de la liqueur forte faite avec une certaine herbe nommée haschisch ainsi que la pratique de fumer la graine de chanvre. C’est la première grande interdiction française du cannabis.
Pourtant, lorsque les soldats rentrent en France, ils ramènent dans leurs bagages le haschisch et la curiosité qu’il suscite. Cette curiosité tombe entre les mains d’un médecin aliéniste, c’est ainsi qu’on appelait alors les psychiatres, du nom de Joseph Moreau de Tours. Il expérimente la substance lors d’un voyage en Égypte, puis devient le premier médecin occidental à étudier scientifiquement les effets psychoactifs du cannabis. En 1845, il publie Du haschisch et de l’aliénation mentale, un ouvrage pionnier qui inspirera de nombreux artistes parisiens du milieu du dix neuvième siècle, parmi lesquels Théophile Gautier, Charles Baudelaire, Honoré de Balzac et Gérard de Nerval. Le célèbre Club des Hashischins, qui se réunit à l’Hôtel Pimodan sur l’île Saint Louis à Paris, naît de cette mode parisienne.
La révolution médicale victorienne : O’Shaughnessy et la reine
Pendant que les artistes français s’enthousiasment pour le haschisch, la médecine occidentale connaît, elle, une révolution silencieuse. Elle vient de Calcutta.
En 1833, un jeune médecin irlandais de 24 ans, William Brooke O’Shaughnessy, débarque en Inde comme chirurgien de la Compagnie des Indes orientales. Curieux et brillant, il deviendra plus tard pionnier de la télégraphie en Inde, il observe les pratiques de la médecine ayurvédique et persane, et s’intéresse particulièrement à un remède local : la teinture de Cannabis indica.
O’Shaughnessy fait ce que personne en Occident n’avait fait jusque là : il mène de véritables essais cliniques, d’abord sur des animaux, puis sur ses patients humains de l’hôpital de Calcutta. En 1839, il présente ses résultats à la Société médicale et physique du Bengale dans un mémoire de quarante pages. Les patients traités souffraient de rhumatismes, de tétanos, de rage, de choléra et d’épilepsie. Les résultats sont spectaculaires : la teinture de cannabis soulage tous les rhumatismes du protocole, sauve plusieurs tétanos, calme les douleurs des malades du choléra.
De retour en Angleterre en 1841, O’Shaughnessy ramène des échantillons de cannabis indien à la Société pharmaceutique de Londres. Sa publication dans le Provincial Medical Journal en 1843 fait l’effet d’une bombe. Entre 1840 et 1900, plus de cent articles scientifiques paraissent dans les journaux médicaux européens et américains sur les vertus médicales du cannabis. Ce qui était une curiosité orientale devient un pilier de la pharmacopée occidentale.
L’usage médical du cannabis traverse alors l’Atlantique. Aux États Unis, le célèbre médecin William Osler, fondateur de l’École de médecine Johns Hopkins, prescrit le cannabis comme traitement de première ligne contre les migraines. Des laboratoires comme Eli Lilly, Parke Davis et Burroughs Wellcome, ancêtre de GlaxoSmithKline, commercialisent des teintures, des sirops, des pilules et des cigarettes médicales à base de cannabis. La reine Victoria elle même aurait été soulagée de ses douleurs menstruelles par une teinture de cannabis prescrite par son médecin personnel Sir John Russell Reynolds, qui qualifia la plante de l’un des plus précieux médicaments en notre possession.
L’apogée des prescriptions médicales aux États Unis se situe entre 1890 et 1920. Le cannabis figure dans la United States Pharmacopeia jusqu’en 1942. Et puis, tout bascule.
La grande prohibition : comment le vingtième siècle a tout brisé
Le déclin du cannabis médical au vingtième siècle n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans un mouvement international de contrôle des substances qui débute avec la Conférence internationale de l’Opium, tenue à La Haye en 1911 et 1912. À l’origine, l’objectif est de réguler le commerce de la morphine et de la cocaïne. Mais en 1925, lors de la deuxième conférence à Genève, l’Égypte, la même Égypte qui interdisait déjà le cannabis depuis le quatorzième siècle, pousse pour son inscription au tableau international des substances contrôlées. Le Reich allemand, alors menacé par l’Égypte d’une interdiction d’importer ses produits pharmaceutiques, finit par céder. Le cannabis devient progressivement illégal dans de nombreux pays.
Aux États Unis, la prohibition se cristallise autour d’un homme : Harry Jacob Anslinger, premier directeur du Federal Bureau of Narcotics. Initialement réticent à s’attaquer au cannabis qu’il considère comme un problème local, il change d’avis dans les années 1930 sous la pression politique. À ses arguments médicaux maigres, il ajoute une campagne de presse spectaculaire, relayée par les journaux de William Randolph Hearst, qui présente la marijuana comme une drogue rendant fou, violent et incitant au crime. La langue elle même devient un outil politique : le mot espagnol marijuana, jusque là peu usité, est martelé dans la presse pour associer la plante à l’immigration mexicaine et l’éloigner de son nom scientifique noble, cannabis.
Le Marihuana Tax Act de 1937 instaure une taxation tellement contraignante qu’elle équivaut à une interdiction. L’American Medical Association, l’équivalent de l’Ordre des médecins américain, s’y oppose en vain. Le cannabis sort des pharmacopées, les recherches s’arrêtent, la plante disparaît de la médecine occidentale.
La prohibition est confirmée à l’échelle mondiale par la Convention unique des Nations unies sur les stupéfiants de 1961, qui classe le cannabis dans le tableau le plus restrictif, aux côtés de l’héroïne. Pendant un demi siècle, la science va se taire. Ou presque.
La renaissance scientifique : Mechoulam et le système endocannabinoïde
Au moment où le monde tourne le dos au cannabis, un chimiste israélien va lui ouvrir une porte que personne n’attendait.
Né en Bulgarie en 1930, survivant de l’Holocauste, Raphael Mechoulam émigre en Israël en 1949 et devient chimiste à l’Institut Weizmann. En 1963, il s’intéresse à un mystère : depuis des décennies, on étudie la morphine de l’opium, la cocaïne du coca, mais on ne sait pas encore quels composés exactement sont responsables des effets du cannabis. Avec l’aide de la police israélienne, qui lui fournit cinq kilos de haschisch libanais saisi, il s’attelle au travail.
En 1963, il identifie la structure du cannabidiol, le CBD. En 1964, avec son collègue Yechiel Gaoni, il isole pour la première fois et élucide la structure du tétrahydrocannabinol, le THC, le composé psychoactif principal. Ces deux découvertes, considérées aujourd’hui comme la naissance de la science cannabinoïde moderne, ouvrent la voie à des décennies de recherches.
Mais Mechoulam ne s’arrête pas là. Vingt huit ans plus tard, en 1992, son équipe avec William Devane et Lumir Hanus fait une découverte encore plus stupéfiante : le corps humain produit naturellement des molécules qui se fixent sur les mêmes récepteurs que le THC. Ils baptisent la première de ces molécules anandamide, du sanskrit ananda qui signifie félicité. En 1995, le groupe identifie une seconde molécule, le 2 AG ou 2 arachidonoylglycérol.
Ces découvertes révèlent l’existence d’un véritable système biologique jusque là insoupçonné : le système endocannabinoïde. Présent chez tous les vertébrés, il joue un rôle dans la régulation de l’humeur, du sommeil, de l’appétit, de la douleur, de la mémoire, du système immunitaire et de la reproduction. Si le cannabis fonctionne sur le corps humain, c’est parce que notre corps possède ses propres molécules de la même famille.
Cette découverte va relancer la recherche médicale. Les premiers cannabinoïdes pharmaceutiques apparaissent : le Marinol, THC synthétique, en 1985, puis le Sativex, extrait de cannabis, au Royaume Uni en 2010, et l’Epidyolex, CBD pharmaceutique, approuvé par la FDA américaine en 2018 et par l’Agence européenne du médicament en 2019 pour le traitement de certaines épilepsies pharmaco résistantes.

La vague verte des années 2000 : du Colorado à Berlin
Le tournant politique commence en Californie en 1996 avec la Proposition 215, qui autorise l’usage médical du cannabis. Une trentaine d’États américains suivront. Puis le mouvement bascule en 2012 lorsque le Colorado et l’État de Washington légalisent l’usage récréatif. En 2013, l’Uruguay devient le premier pays au monde à légaliser intégralement la production, la vente et la consommation de cannabis. Le Canada suit en 2018.
En Europe, la transition est plus lente mais elle progresse. Les Pays Bas tolèrent depuis longtemps un système de coffee shops, mais sans véritable légalisation. L’Allemagne autorise le cannabis médical en 2017, puis franchit le pas du cannabis récréatif partiel en 2024. La Suisse expérimente la vente contrôlée. L’Italie, la République tchèque, le Portugal et la Pologne disposent désormais de cadres pour le cannabis médical. La Grèce, Malte et le Luxembourg avancent à leur rythme.
Sur le plan international, l’Organisation mondiale de la Santé entreprend en 2018 et 2019 sa première évaluation scientifique formelle du cannabis et recommande de retirer la plante du tableau IV de la Convention unique de 1961, réservé aux substances jugées sans intérêt médical. La Commission des stupéfiants des Nations unies vote la mesure en décembre 2020. Symboliquement, le cannabis n’est plus considéré comme une drogue sans valeur thérapeutique.
Le CBD, démocratisation grand public d’une plante millénaire
Pendant que les législations sur le cannabis médical et récréatif se transforment, une autre révolution silencieuse se déroule dans les boutiques et sur internet : celle du cannabidiol, le CBD. Cette molécule non psychoactive, longtemps restée dans l’ombre du THC, devient à partir des années 2015 le centre d’un marché grand public en pleine explosion.
En France, le CBD a connu un parcours juridique complexe, marqué par l’arrêt Kanavape de la Cour de justice de l’Union européenne en 2020, qui a confirmé qu’un État membre ne pouvait pas interdire la commercialisation d’un produit légalement fabriqué dans un autre État membre. Aujourd’hui, le marché français du CBD est l’un des plus dynamiques d’Europe, avec des milliers de boutiques, des centaines de marques et un cadre réglementaire en constante évolution. Pour mieux comprendre la différence entre cannabis et chanvre, ou entre CBD et THC, nous vous invitons à consulter notre article Fleurs CBD et beuh : mettre les choses au clair.
Le CBD a démocratisé une vérité oubliée : le cannabis n’est pas une molécule, mais un cocktail complexe de plus de cent cannabinoïdes, plus des terpènes, des flavonoïdes et d’autres composés. Les recherches actuelles s’intéressent désormais aux cannabinoïdes mineurs : le CBG ou cannabigérol, le CBN ou cannabinol, le CBC ou cannabichromène, le THCV ou tétrahydrocannabivarine, ou encore les cannabinoïdes acides comme le CBDA et le CBGA, qui font l’objet d’études scientifiques prometteuses.
La France de 2026 : où en est on aujourd’hui
Le 26 mars 2021, après des années d’attente, la France lance son expérimentation du cannabis médical, sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’ANSM. Cinq indications sont retenues : douleurs neuropathiques résistantes, certaines formes d’épilepsie pharmaco résistantes, soins de support en oncologie, situations palliatives, et spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.
Plus de 3 000 patients ont été inclus dans l’expérimentation. Le rapport intermédiaire de l’ANSM, publié en septembre 2023, souligne pour toutes les indications une amélioration de la qualité de vie. L’expérimentation, initialement prévue pour deux ans, est prolongée plusieurs fois. Sa fin officielle est intervenue le 31 décembre 2024, mais une période de transition court jusqu’au 31 mars 2026 pour permettre aux patients déjà inclus de poursuivre leur traitement sans interruption.
En mars 2025, la France a notifié à la Commission européenne un projet de réglementation visant à encadrer la prescription, la production et la distribution du cannabis médical dans une logique pharmaceutique pure. La généralisation pourrait intervenir en 2026, sous réserve de l’avis de la Haute Autorité de Santé et de la publication des textes d’application. La prescription serait réservée aux médecins spécialistes en établissement de santé. Les formes autorisées privilégieraient les préparations orales, comme les huiles standardisées, plutôt que les fleurs séchées à inhaler.
Pour aller plus loin sur le contexte international, vous pouvez consulter notre article Cannabis Médical en Allemagne : le modèle européen qui révolutionne l’accès aux traitements, ainsi que notre analyse Cannabis Médical en Suisse : vers une révolution européenne en 2026. Pour le volet économique, notre article Cannabis médical et économie : ce que le modèle canadien nous apprend apporte un éclairage chiffré.
Que retenir de 12 000 ans d’histoire
L’histoire du cannabis est une boucle. Une plante domestiquée il y a 12 000 ans pour ses fibres et ses graines, devenue médicament dans les pharmacopées les plus anciennes de l’humanité, érigée en culture stratégique sous Charlemagne, intégrée à la médecine occidentale au dix neuvième siècle, brutalement bannie au vingtième siècle pour des raisons davantage politiques et industrielles que sanitaires, et aujourd’hui réintégrée patiemment, molécule par molécule, à la pharmacopée moderne.
Ce qui frappe quand on prend du recul, c’est la cohérence des observations à travers les civilisations. Les Chinois prescrivaient le cannabis contre la douleur et l’épilepsie. Les Indiens ayurvédiques l’utilisaient contre l’épilepsie, l’insomnie et les douleurs. Les Égyptiens l’employaient pour les inflammations et le glaucome. O’Shaughnessy, à Calcutta en 1839, soulageait des spasmes de tétanos avec des teintures. Aujourd’hui, l’expérimentation française du cannabis médical cible précisément les douleurs neuropathiques, l’épilepsie pharmaco résistante et la spasticité de la sclérose en plaques. Trois mille ans d’observations cliniques convergentes, validées tardivement par la science moderne.
L’histoire de la prohibition, à l’inverse, raconte autre chose. Elle raconte comment la science peut être instrumentalisée, comment les intérêts économiques (le coton, le papier de bois, les fibres synthétiques) et les peurs sociales (l’immigration, les minorités, la jeunesse) peuvent transformer un médicament en démon en quelques décennies, puis comment il faut un demi siècle pour défaire ce que vingt ans de propagande ont construit.
Au moment où vous lisez ces lignes, en 2026, la France s’apprête à intégrer définitivement le cannabis médical à son système de santé. Les pharmacies allemandes en délivrent depuis huit ans. Les pharmacopées chinoises, égyptiennes et indiennes en parlaient il y a trois ou quatre mille ans. Entre les deux, beaucoup de bruit, beaucoup d’idéologie, et finalement, un retour au point de départ : une plante, des composés actifs, des médecins, des patients, et la patience millénaire qui finit toujours par avoir raison de l’oubli.
Pour aller plus loin
Cet article fait partie d’une série consacrée à la connaissance approfondie du chanvre et du cannabis. Pour explorer d’autres facettes, retrouvez sur notre blog les articles Le CBD en 2026 nos guides complets pour tout comprendre, CBDA et CBGA les cannabinoïdes acides qui révolutionnent la science du chanvre, Du CBD au H4CBD et HE plus l’évolution des cannabinoïdes, HHC vs CBD vs THCP quelle différence en 2026, Cannabis médical en Allemagne, Cannabis médical en Suisse et Cannabis médical et économie canadienne.
Pour découvrir notre catalogue, rendez vous sur la boutique CBD’eau ou explorez nos catégories phares : fleurs CBD, huiles CBD et résines CBD. Cannabis médical et économie : ce que le modèle canadien nous apprend
Sources et références
- Ren M. et collègues, 2021, Large scale whole genome resequencing unravels the domestication history of Cannabis sativa, publié dans Science Advances.
- Ren M., Tang Z., Wu X. et collègues, 2019, The origins of cannabis smoking : Chemical residue evidence from the first millennium BCE in the Pamirs, publié dans Science Advances.
- Crocq M.A., 2020, History of cannabis and the endocannabinoid system, publié dans Dialogues in Clinical Neuroscience.
- O’Shaughnessy W.B., 1843, On the preparations of the Indian hemp or gunjah, publié dans le Provincial Medical Journal.
- Russo E.B., 2017, History of cannabis as medicine : nineteenth century Irish physicians.
- Pisanti S. et Bifulco M., 2019, Medical Cannabis : a plurimillennial history of an evergreen, publié dans Journal of Cellular Physiology.
- ANSM, dossier thématique Cannabis à usage médical, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.
- Service Public, 2025, Expérimentation, une nouvelle étape vers l’accès au cannabis thérapeutique.
- Wikipédia, articles Histoire du chanvre, History of medical cannabis, Raphael Mechoulam et Marihuana Tax Act of 1937.
Article rédigé par Ufuk pour CBD’eau. Publication : avril 2026. Cet article est à visée informative et culturelle. Il ne se substitue à aucun avis médical. Le cannabis médical en France n’est accessible que sur prescription d’un médecin habilité, dans le cadre réglementaire en vigueur.

